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Au sujet de Jean Canal né à Engassac
de férédric bruyelle (14/08/2026 08:05:50)
en réponse à Re:Re:Re:Re:Il était élève pilote à Istres, replié à Nouvion (pdt) de Many Souffan (12/08/2026 18:58:04)
Jean Canal
Jean Canal nait dans le village de Cassagne, en Haute Garonne, le 2 juin 1914. Il est le troisième enfant de Bernard Canal et de Rosa Millet. Le père de Jean Canal est tailleur de pierres, il décède alors que son fils n’a que quinze ans. Trois ans plus tard, ce dernier quitte le village familial et part à Toulouse où il s’engage pour deux ans dans l‘Armée de l’air. Il est incorporé au 34ème régiment d’aviation et élevé à la distinction de 1ère classe le 24 décembre 1932. Le 2 août 1934, il est rendu à la vie civile avec certificat de bonne conduite. Il quitte le sud ouest de la France et part en Lozère, où l’on retrouve sa trace à Marvejols.
Entre le 20 décembre 1937 et le 23 mai 1939, Jean Canal est mis en cause dans un dossier pénal. Il est condamné à une peine d’incarcération de huit mois qu’il purge à la maison d’arrêt de Bordeaux. Il y reste écroué jusqu’au 8 novembre 1939, date à laquelle il est élargi au motif de la déclaration des hostilités. Ses antécédents judiciaires lui valent la perte de son affectation à l’Armée de l’air et c’est vers le dépôt de l’infanterie coloniale n°379 qu’il est envoyé, après avoir été remis soldat de seconde classe. Après quelques mois d’affectation, Jean Canal passe devant la Commission de réforme de Pamiers. Elle valide son changement d’arme au vu « d’une gène à la marche suite fracture du tibia gauche ». Cette décision lui permet de réintégrer l’Armée de l’air et le 6 mars 1940, il est reporté sur les rôles du 125ème Bataillon de l’air d’Istres.
Quelques semaines plus tard l’offensive allemande provoque un mouvement général de repli des unités françaises vers le Sud et une certaine improvisation commence à désorganiser les services des armées.
Durant les semaines qui suivent, et dans des circonstances non déterminées, Jean Canal cesse temporairement de laisser des traces de son devenir. Il réapparait en juin 1940 en Afrique du nord. Deux témoignages nous sont parvenus sur son sujet.
Joseph Risso évoque la trace d’un isolé sur la base de Nouvion-Perrégaux, se présentant comme étant le lieutenant d’Engassac. Le lieutenant d’Engassac fait la connaissance de deux jeunes aviateurs : René Nicolas et lui-même. Ils préparent leur départ pour l’Angleterre. Le lieutenant d’Engassac s’associe à ce projet et parvient à se faire intégrer à cette petite équipe. Sa connaissance de la langue espagnole, et le passage dans les Brigades Internationales dont il se prévaut font de lui l’un des personnages essentiels de ce projet.
Le 26 juin 1940, il décolle pour l’Espagne avec ses deux camarades.
« Avec deux camarades, (Nicolas, qui appartenait à la même école que moi, et un lieutenant d’Engassac qui avait fait la guerre d’Espagne). Nous avions remarqué qu’un Simoun décollait chaque matin de très bonne heure pour la liaison avec l’état-major d’Oran. J’avais déjà piloté le Simoun à Ambérieu, il s’agissait donc simplement de bien le choisir et de décoller. L’opération comportait des risques, car nous ne savions même pas si l’avion était au point, si les pleins étaient faits, mais nous n’avions cure des risques. (…). Tout se passa très bien et notre évasion eut lieu le 26 juin au matin, le lendemain même de l’entrée en vigueur de la capitulation. La sentinelle voulut bien admettre que nous étions bien l’équipe prévue pour la liaison quotidienne… C’est à l’arrivée en Espagne que les choses faillirent se gâter. Nous étions les premiers à rallier Gibraltar par la voie des airs, et nous fûmes pris à partie par la DCA espagnole, si bien que nous dûmes nous poser non pas sur l’hippodrome comme souhaité du coté anglais, mais sur la plage de la Linéa du coté espagnol. Il nous fallu expliquer aux autorités franquistes que nous étions arrivés en Espagne par suite d’une erreur de navigation. On accepta de nous croire sur parole, mais on fit aussitôt le nécessaire pour nous rapatrier… en France, ce qui naturellement ne faisait pas du tout notre affaire. L’idée nous vint d’abord de traverser à la nage jusqu’en territoire britannique, mais Nicolas malheureusement ne savait pas nager et force nous fut d’attendre les évènements en rongeant notre frein.
Au bout de quelques semaines, on nous envoya à Madrid, où nous fûmes hébergés par une famille française en attendant d’être envoyés « chez nous ». Heureusement un secrétaire de la mission militaire française devina nos intentions, et nous procura de faux papiers et de l’argent par l’intermédiaire de l’ambassade britannique, grâce à quoi nous atteignîmes Barcelone, où le consul anglais nous trouva un gîte chez un espagnol auquel il avait rendu service pendant la guerre civile, en attendant que s’offre la possibilité de nous transférer hors du territoire espagnol. Cette possibilité se révéla sous la forme d’un rafiot battant pavillon égyptien. »
Les trois français arrivent séparément au Royaume-Uni. Le lieutenant d’Engassac eu égard à son grade bénéficie d’un transport de faveur. Le 10 août 1940, il embarque à bord du Glenn Martin n°228, piloté par Auguste Guillou. A ses cotés durant le vol qui relie Gibraltar à Saint Eval, se trouvent Francis Melville Lynch et le capitaine Pijaut. De leur coté, les plébéiens Risso et Nicolas effectuent leur transfert à fond de cale dans un cargo en provenance du moyen Orient.
Arrivés au Royaume-Uni, les jeunes volontaires s’engagent dans les FAFL le 3 septembre 1940. Un mois auparavant l’engagement du troisième évadé avait été enregistré sous les détails suivants :
« d'ENGASSAC Jean-Jacques : né le 2 août 1914 (Nda : pas de lieu sur la matricule) - Evadé avec Joseph RISSO et René NICOLAS. Engagé aux FAFL à Londres, à compter du 4 août 1940 en qualité de lieutenant pilote avec le matricule 30.348. Est pressenti pour faire partir de l'escadrille Topic. (…) »
Jean Canal, identifié en qualité de lieutenant entame le parcours réservé aux officiers subalternes. Il prend ses fonctions à Londres et a l’opportunité de servir dans l’immédiate périphérie du vice-amiral Muselier. A plusieurs reprises, des témoignages de son séjour nous parviennent.
De la façon plus inattendue, au travers des écrits de Romain Gary on retrouve un complément d’information sur le parcours FAFL de Jean Canal :
Un conflit d’honneur oppose Romain Gary, à plusieurs de ses ex-compatriotes polonais dans les couloirs d’un hôtel de Londres. L’affaire se résout à coups de pistolets dans les allées de l’établissement.(Nda)
« Dés le lendemain matin, une voiture de police venait me cueillir à Odiham et après quelques moments assez désagréables passés à Scotland Yard, je fus remis aux autorités françaises, à l’Etat Major de l’amiral Muselier, où je fus interrogé amicalement par le lieutenant de vaisseau d’Angassac. (…) Je fus aidé par le fait que le personnel navigant bien entrainé était alors très rare dans la France Libre et qu’on avait donc besoin de moi, et aussi, par l’imminence du départ de mon escadrille pour d’autres cieux. (…) Je m’en tirais avec un blâme, ce qui n’a jamais cassé une jambe à personne, et m’embarquai tout guilleret, quelques jours plus tard pour l’Afrique. »
Au cours du mois de septembre 1940, Joseph Risso et René Nicolas retrouvent Canal (d’Engassac) lors d’une soirée dans les rues de Londres. « D’E. rencontré au hasard d’une rue, nous apprend son départ imminent pour … l’Italie ! Tant nous paraissait hasardeux le voyage qu’il préférait nous dire adieu ! Nous ne le reverrons plus. »
Les aviateurs de la France Libre transitent successivement sur les sites de Saint Athan, puis d’Odiham. Une partie d’entre eux, destinés à partir pour l’Afrique sont évalués sur l’aérodrome d’Odiham. Pour quelques autres, les sites d’entrainement seront les n°6 et 7 OTU.
Rares ne sont pas les exemples de déclarations volontairement erronées sur le nombre d’heures de vol, la tentation de s’attribuer un grade supérieur, la déclaration d’un brevet de pilote militaire au lieu du brevet de tourisme civil. En revanche, nous n’avons pu relever qu’un seul cas d’usurpation de grade et d’attribution d’un brevet de pilote sans aucun antécédent de pilotage.
« Je me souviens d’un lieutenant d’aviation, breveté, ayant participé à la campagne de France et disposant d’états de services aériens. Il en avait fait part aux autorités britanniques. Les anglais avaient pensé recourir à ses services de suite, en l’envoyant en unité après évaluation de son potentiel. C’est pour cette raison qu’un jour ils sont venus le voir et lui ont demandé s’il acceptait de faire un vol sur Hurricane. Ce jour là, je ne sais plus pour quelle raison il ne pouvait pas voler. Les britanniques sont revenus lui parler quelques jours plus tard lui formulant la même demande. De nouveau, il se trouva une excuse pour ne pas voler sur le Hurricane. L’individu était effectivement de l’armée de l’air, mais coté cuisine ! Il avait usurpé des galons de lieutenant et paradait sur la base d’Odiham puis en OTU. Il ne fallait pas tricher, tout finissait par se savoir. »
Sur le registre d’immatriculation des FAFL on peut relever la date du 2 novembre 1940, comme étant celle à compter de laquelle il fut rendu à la vie civile. Ce fait n’est pas une banalité pour un Français Libre à Londres en 1940.
« (…) Radié de la France libre, démobilisé et rendu à la vie civile le 24 octobre ou le 2 novembre 1940. »
Dans la colonne nom réel, la case matricule présente la mention : Canal (soldat de 2ème classe). »
C’est ici que se perd la trace du soldat de 2ème classe Jean Canal alias lieutenant Jean Canal d’Engassac. Plus aucun élément n’a pu être collecté sur son compte. Il est possible qu’il ait pu, comme il le déclara à ses compagnons d’évasion, être sélectionné pour une mission en Italie. Toutefois, nous relevons que la seule langue étrangère qu’il maitrisait à son départ de la France était l’espagnol.
En tout état de cause, Jean Canal, remercié des Forces françaises Libres du se trouver dans une situation difficile dans les rues de Londres, sans affectation ni ressource et confronté à un devenir incertain. Il n’a pu s’établir, dans un tel contexte, en Grande-Bretagne. Il n’est pas envisageable de supposer qu’il se serait installé aux USA ou dans un autre pays accessible au départ de l’Angleterre.
En cette période du début de l’histoire de la France Libre, une seule institution recueillait, comme elle le fit de tous temps, les personnages sans identité, souhaitant se défaire de leur passé. Si la Légion Etrangère a pu accueillir Jean Canal, ses archives pourraient compléter l’étude de ce personnage peu banal.
Aucun Jean Canal ou Jean d’Engassac n’est réapparu dans sa famille à la fin de la guerre.
Le 15 novembre 1974, Jean Canal est, à la demande de sa famille déclaré décédé par le Tribunal de Grande Instance de Paris à la date du 27 juillet 1940. Le dernier message que sa famille détient de lui est une lettre de 1940, dans laquelle il donne de ses nouvelles :
« J’ai eu accès aux dernières lettres qu'il avait envoyé à ma grand mère et que cette dernière avait gardées précieusement. Il me semble que la dernière était postée d'Afrique du nord. Il était assez exalté et disait qu'il ne pouvait donner aucune indication mais qu'il s'en remettait à dieu pour défendre la patrie. »
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