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Re:Re:S/Lt Philippe Léo et S/Lt Lucien Sartori – MF 7 – Moronvilliers, 28 avril 1916

de Philippe Bacquenois (29/09/2026 22:02:30)
en réponse à Re:S/Lt Philippe Léo et S/Lt Lucien Sartori – MF 7 – Moronvilliers, 28 avril 1916 de Didier Lecoq (25/09/2026 15:24:58)

Bonsoir,
Vous trouverez ci-dessous la biographie en cours du Sous-Lieutenant Lucien Sartori. Je vous remercie tous pour l'aide apportée.

Sous-lieutenant Lucien Baptiste Valentin SARTORI
Un officier d'artillerie, observateur et pilote breveté à l'escadrille MF 7


Portrait Lucien Sartori. La guerre aérienne illustrée, 31 octobre 1918

Lucien Baptiste Valentin Sartori naît le 17 juin 1892 à Saint-Bonnet-de-Joux, en Saône-et-Loire. Il est le fils de Nonce Marie Sartori et de Marie Madeleine Abraïni, domiciliés à La Tremblade, en Charente-Inférieure. Au moment de son recrutement, Lucien réside à Paris et exerce la profession d’étudiant. Il a deux frères, Jean et Auguste, qui servent eux aussi pendant la Première Guerre mondiale. Auguste tombe Mort pour la France en avril 1917, Jean décède en déportation en 1945.
La fiche matricule de Lucien Sartori indique qu’il est admis, le 28 août 1913, à l’École centrale des Arts et Manufactures. Il contracte, le 10 octobre 1913 à la mairie de Tours, un engagement de cinq ans, spécial aux jeunes gens reçus à l’École centrale. Le 13 octobre 1913, il rejoint le 22e Régiment d’artillerie, où il est affecté comme 2e canonnier conducteur. Il est promu brigadier le 23 avril 1914. Son parcours scolaire est également évoqué après sa mort par La Dépêche d’Eure-et-Loir, qui le présente comme ancien élève du Lycée de Chartres et élève de l’École centrale des Arts et Manufactures.
Au début de la guerre, Sartori sert dans l’artillerie. Il est nommé sous-lieutenant de réserve au 22e Régiment d’artillerie par décret présidentiel du 2 septembre 1914, puis rejoint le corps le même jour. Le 12 septembre 1914, il est blessé au combat de Chenay, dans la Marne, par un éclat d’obus à la tête. La Guerre aérienne illustrée précise que la blessure atteint la tempe, alors qu’il remplit les fonctions de chargeur, bien qu’il soit déjà brigadier. Il passe au 11e Régiment d’artillerie de campagne le 20 novembre 1914.
Son courage au combat est rapidement reconnu. Une citation à l’ordre du régiment n° 75, du 20 avril 1915, mentionne notamment son action au cours de laquelle il « Va chercher et ramène malgré le feu d’une mitrailleuse, un caisson de la batterie voisine. » La Guerre aérienne illustrée précise par ailleurs qu’en 1915, Sartori est cité à deux reprises à l’ordre alors qu’il sert encore comme brigadier.
Le 9 mai 1915, Lucien Sartori est détaché à l’escadrille C 28 comme observateur. Son passage à l’aviation s’inscrit naturellement dans son parcours d’artilleur. L’observateur issu de l’artillerie peut mettre son expérience du terrain et du réglage des tirs au service des missions aériennes. Le 29 septembre 1915, au cours d’une mission de réglage d’artillerie, son appareil est soumis à un feu particulièrement violent. Selon La Guerre aérienne illustrée, il est atteint de plus de soixante éclats, mais Sartori poursuit sa mission jusqu’à son terme. Pour cette action, il est cité à l’ordre de l’armée.
Quelques mois plus tard, il accomplit une nouvelle mission particulièrement dangereuse. Le 29 décembre 1915, au cours d’une reconnaissance, son appareil est soumis à un feu d’artillerie intense. Malgré les dommages subis par l’appareil, Sartori poursuit sa mission et affronte également un avion de chasse ennemi. La citation n° 2239 D à l’ordre de l’armée, en date du 4 janvier 1916, rappelle son comportement au cours de cette reconnaissance. Elle souligne qu’il est déjà titulaire de trois citations à l’ordre, obtenues tant dans l’artillerie que dans l’aviation. Cette citation est également associée à sa nomination au grade de chevalier de la Légion d’honneur et à l’attribution de la Croix de guerre avec palme.
Le parcours de Sartori présente une particularité intéressante : bien qu’il serve comme observateur, il devient lui-même pilote breveté. Sa fiche matricule indique : « Breveté pilote par décision ministérielle du 9 avril 1915, homologué à la date du 14 mars 1916. » Selon les renseignements communiqués par Lucien Morareau, ce brevet est le brevet de pilote n° 2974, obtenu le 14 mars 1916. Il obtient également le brevet de l’Aéro-Club de France n° 3056, le 22 mars 1916, sur Caudron. Cette qualification ne modifie toutefois pas sa fonction opérationnelle lors de son dernier vol : Sartori est alors observateur et non pilote.
La fiche matricule indique son arrivée à l’escadrille MF 7 le 3 mars 1916, Sartori y sert comme observateur. Un article de La Dépêche d’Eure-et-Loir publié le 11 mai 1916, quelques jours après sa disparition, le présente d’ailleurs comme « sous-lieutenant d’artillerie, observateur à l’escadrille 7 » et rappelle qu’il est chevalier de la Légion d’honneur et décoré de la Croix de guerre. Cette source contemporaine confirme donc qu’en dépit de son brevet de pilote, Sartori exerce la fonction d’observateur à la MF 7.
Le 28 avril 1916, Lucien Sartori prend place à bord d’un biplan Farman de la MF 7 avec le sous-lieutenant Philippe Léo, pilote. La mission se déroule dans le secteur de Moronvilliers, au-dessus du front des Monts de Champagne. Une fiche d’enquête de la Croix-Rouge concernant Sartori le décrit précisément comme « Sous-lieut. observateur – biplan Farman » et indique : « abattu 28.4.16 près de Moronvilliers ». La fiche porte la mention « Enquête terminée ». Les renseignements recueillis au cours de l’enquête indiquent ensuite que son décès est considéré comme établi et que sa famille en a été informée.
Sa fiche matricule porte quant à elle la mention : « Tombé dans les lignes ennemies au cours d’une reconnaissance aérienne le 28 avril 1916. » La fiche matricule de Philippe Léo permet de compléter le rapprochement entre les deux hommes : Léo est le pilote, Sartori l’observateur de ce dernier équipage. Le rapprochement des documents permet donc d’établir avec une bonne sécurité que, le 28 avril 1916, les deux sous-lieutenants accomplissent ensemble une mission de reconnaissance dans le secteur des Monts de Champagne.
La fiche de la Croix-Rouge indique que leur biplan Farman est abattu près de Moronvilliers. La fiche matricule de Sartori précise qu’il est tombé dans les lignes ennemies. Le sort précis de l’appareil et les circonstances exactes de sa destruction devront cependant être établis à partir des documents allemands ou des archives de l’escadrille. Il convient notamment de ne pas transformer en certitude les indications secondaires concernant la nature exacte du feu ayant provoqué la chute.
La trajectoire militaire de Lucien Sartori est marquée par le nombre et la nature des témoignages qui attestent son comportement au combat. Engagé dans l’artillerie en 1913, il est d’abord canonnier conducteur, puis brigadier et sous-lieutenant de réserve. Blessé à Chenay en septembre 1914, il est cité pour son courage au feu en avril 1915. Passé dans l’aviation comme observateur, il poursuit cette conduite sous le feu ennemi. Ses missions de réglage d’artillerie et de reconnaissance lui valent de nouvelles citations. La citation du 4 janvier 1916, associée à sa nomination comme chevalier de la Légion d’honneur, rappelle qu’il est déjà titulaire de trois citations à l’ordre.
Il obtient parallèlement son brevet de pilote, homologué le 14 mars 1916, puis son brevet Aéro-Club de France quelques jours plus tard. Pourtant, lors de sa dernière mission, il reprend sa fonction d’observateur. Le 28 avril 1916, quelques semaines seulement après son arrivée à la MF 7, son parcours s’achève dans le ciel des Monts de Champagne, aux côtés du sous-lieutenant Philippe Léo.
Le parcours de Lucien Baptiste Valentin Sartori présente ainsi une évolution particulièrement intéressante. Élève de l’École centrale des Arts et Manufactures, il commence sa carrière militaire au 22e Régiment d’artillerie, devient sous-lieutenant de réserve, puis rejoint le 11e Régiment d’artillerie. Il devient ensuite observateur à la C 28, puis à la MF 7. Parallèlement, il obtient son brevet de pilote, sans pour autant abandonner sa fonction d’observateur lors de sa dernière mission. Il appartient à cette génération d’officiers dont l’expérience de l’artillerie est progressivement mise au service de la nouvelle guerre aérienne.
Quelques divergences documentaires ont été relevées. La date d’arrivée à la MF 7 est donnée au 3 mars 1916 par la fiche matricule, tandis que d’autres éléments donnent le 21 mars. Pour le brevet de pilote, la formulation de la fiche matricule — décision ministérielle du 9 avril 1915, homologuée le 14 mars 1916 — est la plus précise ; le numéro 2974 et le brevet Aéro-Club de France n° 3056 sont apportés par Lucien Morareau. Enfin, La Guerre aérienne illustrée indique le 20 décembre 1915 pour une reconnaissance, alors que la citation officielle n° 2239 D renvoie au 29 décembre ; c’est cette dernière date qui est retenue ici.
Le 28 avril 1916, Lucien Sartori disparaît à l’âge de 23 ans, dans sa 24e année, au cours d’une reconnaissance aérienne dans le secteur de Moronvilliers. Son parcours, reconstitué par les fiches militaires, les citations, les archives de la Croix-Rouge et les témoignages publiés après sa mort, permet de restituer la trajectoire d’un officier d’artillerie devenu observateur aérien, plusieurs fois cité, chevalier de la Légion d’honneur et également breveté pilote. Sa dernière mission l’associe définitivement au sous-lieutenant Philippe Léo et inscrit son destin dans l’histoire des combats aériens des Monts de Champagne.

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